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Connectée, préventive, personnalisée : faut-il craindre ou adorer la Santé augmentée ?

Santé - IA - Le 24/02/2022

Lors sa prochaine édition en 2022, SIDO Lyon mettra l’accent sur la e-santé ! L’occasion pour nous de revenir sur une des thématiques abordées lors du salon en 2020 : Connectée, préventive, personnalisée : faut-il craindre ou adorer la Santé augmentée ? Une session animée par Philippe Marcel, Directeur de Cap’Tronic Sud-Est, partenaire historique du SIDO, pendant laquelle nous avons eu le plaisir d’écouter Samir Bounad, Directeur Général de Witekio, Richard Phan, Fondateur d’Inventhys et Cyril Chaigneau, Responsable Etudes Avancées chez Sigvaris.

L’analyse des données et l’IA vont considérablement changer la donne du système de santé en permettant une personnalisation plus forte du parcours patient. A la clé : un diagnostic accéléré des pathologies a un stade précoce, un meilleur traitement et une incidence sur les couts. Quels sont les modèles de prévention personnalises, performants tant pour les individus que pour la société ? Comment inciter le citoyen a partager (ou pas) ses données au profit d’une meilleure santé ? Quels risques et limites à ne pas dépasser en matière de connaissance de son système immunitaire, face aux inégalités ? Enfin comment garantir le respect du secret médical ? Voici quelques éléments de réponse partagés par nos invités :

 

Cyril Chaigneau :

Je suis donc responsable des études avancées de la société Sigvaris, un acteur traditionnel du dispositif médical textile. Aujourd’hui nous faisons des bas médicaux de compression donc ce sont des produits qui sont destinés à traiter l’insuffisance veineuse. Sigvaris est leader sur son marché et également un acteur mondial sur ces domaines.

 

Richard Phan :

Je suis fondateur et dirigeant de la société Inventhys qui est un bureau d’études qui existe depuis plus de 5 ans maintenant, nous sommes spécialisés dans la conception de l’électronique au cloud de systèmes connectés, nous faisons aussi de l’IA embarquée pour l’industrie 4.0 et nous sommes présents dans les domaines de l’industrie, du luxe, de la beauté et aussi de plus en plus sur les dispositifs médicaux connectés. Nous sommes basés à Annecy et Grenoble dans la région.

 

Samir Bounad :

Je suis dirigeant de la société Witekio, une PME Tech qui opère dans 4 pays, nous sommes 140 et nous travaillons sur le logiciel embarqué et les objets connectés. Nous intervenons sur plusieurs secteurs notamment le médical ce qui explique ma présence aujourd’hui. Je suis ravi de pouvoir partager notre expérience : L’industriel, les véhicules spéciaux aussi où il y a beaucoup d’innovations et puis les objets connectés du quotidien. Witekio est une société de passionnés de la tech qui opère depuis une vingtaine d’années ce qui nous a permis de voir beaucoup de cycles d’innovation notamment dans le médical qui a beaucoup bougé depuis 2002 et donc c’est très intéressant de voir cette nouvelle vague qui n’est ni la première ni la dernière avec ce sujet de la connectivité.

 

Philippe Marcel :

On parle de médecine préventive et prédictive, on a vu apparaitre avec la covid-19 qu’au niveau du médical, les experts ne sont pas tous d’accord. Comment créer un modèle prédictif et préventif dans ce cadre-là et comment vous vous y prenez ?

 

Cyril Chaigneau :

C’est un vrai challenge, pour moi la réponse réside dans la mise en relation finalement, dans la mise en réseau de l’ensemble de l’écosystème dans le développement de tous les dispositifs. Il faut vraiment faire participer évidemment la communauté médicale, les industriels, les gens de l’électronique, de la data et le patient. Il faut que tout le monde soit autour de la table, participe depuis le début et suive l’évolution des développements pour accéder à ce niveau d’acceptabilité et de haut niveau de qualité de performance. Nous sommes tous spécialistes dans notre domaine mais lorsque l’on parle de santé connectée, ça touche évidemment des secteurs très différents et nous avons besoin en tant qu’acteur de chacun de domaine de se réunir et de se comprendre ; ce qui n’est pas évident, si je me place d’un point de vue « industriel traditionnel textile », quand on commence à échanger avec des gens de l’électronique, de la donnée, c’est quand même une sacrée révolution dans les mentalités. Si on arrive en fin d’étape, on a tout faux : on n’a pas intégré les contraintes de chacune de ces industries et aussi des acteurs un peu plus en aval sur la chaîne donc pour moi c’est vraiment un partenariat qu’il faut avoir depuis le début sur ce genre de sujet.

 

 

Richard Phan :

Je suis tout à fait d’accord pour dire que les partenariats sur les dispositifs médicaux sont de plus en plus larges et lorsqu’on parle de modèles prédictifs et un peu d’intelligence artificielle, cela fait entrer de nouveaux métiers et de nouvelles compétences qui n’existaient pas sur les dispositifs médicaux même connectés il y a trois ou quatre ans. Pour couvrir toutes les problématiques c’est-à-dire l’usage, l’utilité, la pertinence, la légalité, la réglementation, l’acceptabilité, on se rend compte qu’il y a beaucoup de métiers qui doivent collaborer pour mener à bien un projet de A à Z. Ce n’est donc pas vraiment en série, c’est vraiment en parallèle.

 

Samir Bounad :

Je pense qu’on fantasme un peu l’avancée de la technologie là-dessus, enfin surtout que la technologie a une longueur d’avance sur ce que nous sommes capables d’accepter ou ce que nous avons déjà mis en place sur la médecine et donc parler d’intelligence artificielle et de modèles c’est très bien, parce qu’en plus c’est notre rôle aujourd’hui au SIDO mais on est très loin du compte. Il y a une chose qu’il faut comprendre sur le volet médical, c’est que la formation des médecins […] Il y a une approche qui est très procédurale : Pour faire un diagnostic, ils ont déjà très peu de temps, ils voient un patient pendant dix minutes et ensuite peut-être qu’ils ne le reverront pas pendant un an. Ils ont une fenêtre d’analyse qui est très courte et donc les procédures sont les suivantes :

  1. Regarder ce qui est plus probable selon les symptômes,
  2. Donner un médicament,
  3. Si ça ne marche pas, tester une autre procédure.

Ce qu’on voit avec la médecine connectée, c’est qu’on va avoir des fenêtres d’analyses qui sont quasiment cliniques : Si je prends l’exemple d’un objet connecté qui remonte de la donnée (un rythme cardiaque, une température corporelle, un taux de sucre dans le sang), je pourrais être capable d’avoir quelque chose sur un an, sur deux ans, sur six mois… Cela correspond à une approche d’étude avec : analyse de la donnée, conclusion, expérimentations et tests. Quand on parle de médecine préventive, il y a aussi l’aspect de la pratique préventive. Les médecins pour l’instant n’ont ni le temps ni la formation pour faire ce genre de médecine. Avant de parler d’intelligence artificielle et de recommandations, si simplement un humain pouvait analyser les données qui sont à sa disposition, prendre le temps de poser un diagnostic et ensuite de faire un traitement, déjà on aura fait une super innovation dans le médical.

Cela pose la question du modèle économique puisqu’actuellement le médecin est payé quand on va mal. En médecine chinoise (mythe ou réalité ?), visiblement on rémunère son médecin quand on va bien donc il y a aussi un modèle à trouver sur la prévention qui n’est pas du tout dans notre modèle actuel français. Comment fait-on pour rémunérer quelqu’un qui va pouvoir prendre du temps pour analyser les données préventives, pour pouvoir faire de la médecine préventive ? Une fois de plus, il ne s’agit pas de parler de technologie ou d’intelligence artificielle, mais de technologies qui sont déjà disponibles et qu’on ne sait même pas utiliser d’un point de vue système.

 

Philippe Marcel :

La télémédecine a beaucoup évolué en trois mois donc selon vous comment voyez-vous ce modèle économique ou comment allez-vous intervenir dans ce modèle économique ?

 

Cyril Chaigneau :

[…] La technologie n’est pas le frein, c’est vraiment l’adaptation du système.  Une des réponses pour faire changer tout cela, c’est qu’il faut embarquer au fur et à mesure la communauté médicale, leur montrer ce à quoi la technologie va pouvoir répondre demain : c’est une démarche de longue, des partenariats à construire. Il faut aussi accepter le fait que la médecine passe par de nombreuses études et validations. Aujourd’hui si nous voulons faire accepter aussi ces outils là – comme l’intelligence artificielle – à la communauté médicale, il faut se plier à toutes ces étapes qui sont un peu longues, un peu compliquées réglementairement mais c’est aussi la seule réponse finalement pour les médecins de se dire « ok je peux utiliser cet outil-là, il est fiable, les données sont validées. ». C’est un vrai challenge, les réponses sont multiples et personne ne pourra avoir la réponse en travaillant tout seul.

 

Richard Phan :

Les études cliniques sont aujourd’hui LE moyen codifié, connu et utilisé par ceux qui développent des dispositifs médicaux surtout connectés car comme le dit Samir, la nouveauté c’est qu’un produit connecté permet d’avoir des données, c’est-à-dire de capturer des données et de mesurer des choses en continu alors qu’un médecin qui prend votre tension, le fait quand vous êtes dans son cabinet, donc dans un contexte qui modifie peut-être votre tension selon votre émotivité. Le fait de capter des données tout au long de votre journée de la manière la plus transparente possible, permet d’avoir des études cliniques qui sont préparées, qui nécessitent du temps et des budgets, qui sont couverts aujourd’hui par les fabricants. Si le système financier ne finance que du curatif, alors quand on essaie de faire de la recherche avec des études cliniques et des systèmes qui sont par nature pas encore commercialisés car encore en étude clinique, c’est le serpent qui se mord la queue et une difficulté à démarrer un projet avec des budgets importants pour avoir des données vraiment fiables. Sinon, on s’expose au risque d’avoir un projet qui n’est pas médical et un peu gadget et dénigré, ce qu’on a vu un petit peu ces dernières années dans certains cas. Effectivement, le long process (les études cliniques ndlr.) est le meilleur outil. On voit bien d’ailleurs que des acteurs comme Apple, offrent des outils d’aide aux études cliniques pour les iPhones en particulier parce qu’ils sont bien conscients qu’il y a un mouvement et que c’est l’endroit où ils peuvent aider à générer des données et aider à les analyser.

 

Samir Bounad :

La clé réside sur le volet acceptation par les médecins, en tout cas en Europe. Cela fait 3000 ans que nous sommes conscients du pouvoir des médecins et qu’on a mis en place toute une structure autour pour le contrôler. Puisque le pouvoir de soigner les humains, c’est quasiment un pouvoir divin […] donc c’est structuré car c’est un risque énorme. C’est normal qu’on respecte cette continuité et ça ne me paraît pas choquant que le monde start-up / innovations vienne percuter là-dessus. Il y a trois acteurs : le législateur, le médecin et le patient. Le patient est prêt à plein de choses. On partage l’intégralité de notre vie sur les réseaux sociaux avec grand plaisir juste pour le plaisir d’accéder gratuitement un service donc il y a un débat un peu manichéen sur le partage des données. Même chose si on regarde sur les services numériques comme Doctolib, cela faisait très longtemps qu’on voulait tous pouvoir facilement prendre des rendez-vous en ligne et voir son médecin à distance. Ce ne sont pas les patients qui freinent. Le législateur en général peut pousser des choses mais il ne peut pas forcément aller trop loin contre les médecins donc le fait d’embarquer les médecins là-dedans c’est absolument clé. Comprendre aussi que le design d’usage, que ce soit du produit ou du service, doit améliorer la pratique du médecin, lui faciliter la vie, l’aider à mieux traiter le patient. D’autant plus qu’il y a une méfiance de la communauté médicale vis-à-vis de ces solutions, qui pense qu’elle va venir « remplacer son savoir » avec les risques que cela porte.  On parle beaucoup de la confidentialité de la donnée et la sécurité etc. mais je ne pense pas que ce soit le sujet.

 

Cyril Chaigneau :

Je suis tout à fait d’accord avec ça. Un autre élément d’appropriation c’est le temps, il faut leur faire gagner du temps. C’est un élément de preuve qui est extrêmement important pour la communauté médicale, le temps que vous allez gagner en utilisant ce dispositif par rapport à votre pratique régulière. Il faut leur montrer que les données sont fiables mais qu’ils vont aussi gagner du temps dans leur pratique.

 

Extrait de la conférence Connectée, préventive, personnalisée : faut-il craindre ou adorer la Santé augmentée ? lors du SIDO, les 3 et 4 Septembre 2020.

 

Ecoutez la conférence en intégralité :

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